Le transport international de pétrole

CHAPITRE 5 : APPLICATION 1


Auteur : Dr. Jean-Paul Rodrigue
1. La géopolitique du pétrole
2. L'offre et la demande
3. Le transport du pétrole

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Les pays membres de l'OPEP

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Équilibre entre la production et la demande de pétrole

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Production mondiale de pétrole

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Demande mondiale de pétrole

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Les grandes réserves de pétrole mondiales

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Le transport du pétrole

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Importations de pétrole par les États-Unis, 1960-1996

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Taille et caractéristiques des pétroliers

1. La géopolitique du pétrole  

Vu comme une denrée d'importance stratégique, le pétrole a longtemps été l'objet de confrontations géopolitiques. La capacité de fixer la production et les prix fut atteinte pour une première fois en 1928 avec les Accords d'Achnacarry entre les sept soeurs, à savoir les grandes multinationales pétrolières (Exxon, Texaco, British Petroleum, Shell, Gulf, Standard Oil et Mobil Oil), formant de ce fait un oligopole. Ces compagnies ont investi massivement dans les infrastructures d'extraction, notamment au Moyen-Orient. Y voyant un immense potentiel en tant que levier économique, plusieurs pays producteurs, la plupart du Tiers Monde, désiraient s'enquérir d'une part plus importante des revenus de ce marché lucratif.

Le Venezuela, l'Iran, l'Irak, L'Arabie Saoudite et le Kuweit devaient fonder en 1960 l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) lors de la Conférence de Bagdad. Plusieurs autres pays producteurs s'y sont joints ultérieurement: le Qatar (1961), l'Indonésie (1962), la Libye (1969), l'Algérie (1970), le Nigeria (1971), l'Équateur (1973-1992, s'est retiré afin d'éviter les quotas de production), les Émirats Arabes Unis (1973) et la Gabon (1973-1994).

Depuis sa fondation jusqu'au début des années 1970, l'OPEP fut incapable de provoquer une hausse des prix du pétrole. Les raisons derrière cet échec tiennent au fait que la production était très importante dans les pays non membres et également à la difficulté des membres de l'OPEP à formuler une politique commune. Par conséquent, les pays développés étaient plutôt confiants à l'égard d'une stabilité des prix du pétrole. Le gouvernement américain a même prédit que le prix du pétrole pourrait atteindre les 5 dollars le baril en 1980. Dans un tel contexte marqué par des prix faibles jumelés à une forte croissance économique, aucun pays développé n'avait alors une politique sur la consommation d'énergie et le gaspillage était chose commune. Cette situation a tôt fait de changer, toutefois.

Durant les années 1970, les pays de l'OPEP acquirent un contrôle sur plus de 55% de l'offre mondiale de pétrole et se mirent à fixer des quotas de production. L'un des objectifs consistait à instaurer un climat de coopération entre les producteurs afin d'éviter une concurrence qui ferait chuter les prix. Cet objectif fut réalisable seulement en contexte de demande croissante et de dépendance sur un nombre limité de fournisseurs, mais s'avéra fort difficile à maintenir dans un environnement concurrentiel. Entre 1970 et 1973, le prix du baril de pétrole devait passer de 1.80$ à 3.01$.

La guerre de Kippour entre Israël et l'Égypte (impliquant aussi d'autres états arabes) en 1973 conféra à l'OPEP des raisons d'intervention et déclencha une vague de nationalisation de la production, réduisant du coup la production de 25% et imposant des quotas d'exportation. Le prix du pétrole devait atteindre les 11.65$ le baril à la fin de la même année, une augmentation d'un facteur de 4. Dans un marché contrôlé par les producteurs et soutenu par une demande à la hausse, l'OPEP a su atteindre au contrôle des prix du pétrole grâce à la capacité restreinte des pays développés à s'auto-alimenter expressément en pétrole ou en substituts énergétiques. Ceci devait provoquer la première crise pétrolière.

Sous le contrôle de l'OPEP, le prix du pétrole demeura élevé mais stable pendant les années 1970, soit autour des 70 dollars le baril. Les pays développés ont connu quelques craintes à l'égard d'un épuisement des réserves de pétrole et à l'endroit de sources à fiabilité incertaine. La révolution iranienne en 1979 devait provoquer la seconde crise pétrolière qui a vu les prix grimper au-delà de 35 dollars le baril. La crise imposa d'elle-même aux pays consommateurs de sévères mais temporaires mesures visant une réduction de consommation de pétrole. Le résultat se traduisit par une relocalisation des industries consommatrices de pétrole, une consommation nettement plus tempérée et plus efficace reposant sur des sources d'énergie domestiques (pétrole, charbon, gaz naturel, hydroélectricité, nucléaire) ainsi que par une substitution du pétrole par d'autres sources lorsque possible. Cette prérogative de pouvoir détenue par l'OPEP fut de courte durée par contre.

A la fin des années 1980 et début 1990, les pays de l'OPEP devaient perdre leur main mise sur les prix en raison de conflits internes (conflits de nature économique et géopolitique entre ses membres) mais surtout à cause de l'entrée en scène de nouveaux producteurs tels la Russie, le Mexique, la Norvège, l'Angleterre et la Colombie. Ces nouveaux producteurs n'étaient guère assujettis aux politiques de l'OPEP et étaient loisibles de fixer leurs prix au gré. Le Mexique, par exemple, surpassa en 1997 l'Arabie Saoudite pour devenir le second fournisseur de pétrole aux États-Unis après le Venezuela. Les pays d'Amérique Latine tels la Colombie et le Brésil tentent conséquemment d'augmenter leur production. De leur côté, les pays sud-est asiatiques misent sur la prospection en Mer de Chine Méridionale; le Vietnam par exemple scrute des champs en haute mer.

Depuis 1982, les différends entre les membres de l'OPEP sur la fixation des prix et des quotas n'ont cessé de se multiplier. De plus, la part revenant à l'OPEP a dégringolé de 55% de tout le pétrole exporté mondialement durant les années 1970 à 41% en 1992, passant par une valeur record de 30% en 1985. Cette année-là, l'Arabie Saoudite abaissa le prix de son pétrole dans le but d'accroître sa part de marché. Le résultat fut un contre-choc pétrolier qui a vu les prix baisser sous la barre des 20 dollars le baril, baisse qui atteignit une valeur de 15 dollars en 1988. Le marché du pétrole redevenait un marché contrôlé par la demande. Le respect des quotas de production devint un point de litige entre membres de l'OPEP avec des pays comme le Kuweit transgressant nettement les normes. Phénomène qui se révéla d'ailleurs l'un des motifs d'invasion du Kuweit par l'Irak en 1990. Le prix subissait du coup une escalade atteignant les 41 dollars le baril. Mais les autres pays producteurs de pétrole n'ont pas mis de temps à augmenter leur production pour combler la dégringolade des productions du Kuweit et de l'Irak, ce qui fit redescendre les prix autour des 25 dollars le baril à la fin de 1990. Aujourd'hui, les pays de l'OPEP ne contrôlent plus que 40% de la production mondiale et se trouvent dans une posture inapte à fixer les prix.

Les exportations de pétrole des pays de l'OPEP ont généré des revenus colossaux durant les 25 dernières années, mais ce processus est temporaire. L'un des défis de taille pour ces pays est de canaliser les pétrodollars vers le développement économique de secteurs autres que l'industrie pétrolière.

2. L'offre et la demande   

Depuis les premières exploitations commerciales en Pennsylvanie en 1859, le poids du marché du pétrole au sein de l'économie mondiale s'est considérablement accrue. En 1920, 95 millions de tonnes étaient produites mondialement. Ce chiffre devait atteindre les 500 millions de tonnes en 1950, un milliard en 1960 et une production annuelle moyenne de 3 milliards de tonnes durant les années 1990. Cette croissance vigoureuse repose en grande partie sur l'accessibilité des ressources pétrolières et sur leur faible coût. Les systèmes économiques, comprenant l'industrie, l'habitation, la consommation d'énergie et les transports, ont développé une dépendance envers les faibles coûts du pétrole. Les États-Unis constituent un exemple éloquent. La relation entre l'offre et la demande de pétrole est caractérisée par:

3. Le transport du pétrole   

Le volume de commerce international de pétrole s'est accru en tant que résultat d'une croissance économique généralisée. Les plus importants consommateurs sont les pays les plus industrialisés tels les États-Unis, l'Europe de l'Ouest et le Japon. Les pays de l'OCDE accaparent environ 75% des importations mondiales de pétrole brut. Puisque la consommation et la production sont caractérisées par un décalage spatial, le commerce international de pétrole est nécessaire pour compenser les déséquilibres entre l'offre et la demande.

Chaque année, environ 1.9 milliard de tonnes de pétrole sont transportées sur les océans, ce qui représente grosso modo 62% de toute la production mondiale. Le 38% résiduel utilise soit le pipeline, le train ou le camion. La plupart des convois pétroliers suivent un ensemble de routes maritimes reliant les régions d'extraction aux régions de raffinement et de consommation. Environ la moitié du pétrole transporté a comme point d'origine le Moyen-Orient et comme destination le Japon, les États-Unis ou l'Europe. Les pétroliers destinés vers le Japon empruntent le Détroit de Malacca tandis que ceux en direction de l'Europe et des États-Unis passent par le Canal de Suez ou le Cap de Bonne Espérance dépendant de la taille et de la destination du pétrolier. Il existe une corrélation récurrente entre le commerce international du pétrole et les prix du pétrole, comme le cas des États-Unis le démontre.

La capacité de charge à vide de la flotte mondiale de pétroliers (excluant les pétroliers à vocation militaire détenus ou sous contrat d'affrètement) était d'environ 280 millions de tonnes en 1996. Approximativement 4 000 pétroliers sont disponibles sur le marché du transport international de pétrole. Les frais de recours à un pétrolier sont connus sous le nom de frais charter. Ils varient selon la taille et les caractéristiques du pétrolier, son origine, sa destination ainsi que selon la disponibilité des bateaux. Les coûts de transport comptent pour un faible pourcentage du coût total de l'essence à la pompe. Par exemple, le coût moyen de transport de pétrole entre le Moyen-Orient et l'Europe est de 1.30$ le baril, alors que le prix d'un baril était autour de 20$ en 1992. Ainsi, les coûts de transport ne représentent que 5 à 10% de la valeur ajoutée du pétrole.